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Paranormal Activity

Attendu comme le gros coup de flippe de cette fin d’année, Paranormal Activity est déjà évoqué dans une même phrase avec Rec de Balaguero et Plaza.
Il ne tardera pas à souffrir de la comparaison.
Parce que le premier film d’Oren Peli tient plus du coup marketing façon Blair Witch Project que du coup de maître minimaliste.

Il y a fort à parier qu’on entendra plus parler de Peli, comme on a totalement oublié le nom des réalisateurs de Blair Witch.
Paranormal Activity est un concept intriguant, à savoir le film de Poltergeist, d’esprit frappeur, débarrassé de l’embarrassante artillerie des SFX.
La peur est hors champ, dans un coup frappé au sol, dans un cadre brisé sur un mur.

Jusque là, le genre ne tentait pas le pari de l’épure.

Et si Peli opte pour tant de sobriété, c’est probablement du fait d’un manque salutaire de moyens.
Sur ce parti pris, le film fonctionne parfaitement pendant une bonne heure.
Et puis la démarche atteint ses limites.
Le cinéaste volontaire mais inexpérimenté se retrouve dans une impasse.
Il a eu une idée brillante, mais pas de scénario, pas de structure, pas de ressort.

Le résultat est forcément frustrant.
Le film s’arrête lorsqu’il devrait commencer.
Le crescendo très lent a étiré l’exposition.
Quand la tension est à son comble, qu’il faudrait porter le film à un autre degré de terreur, matérialiser la peur, Oren Peli clôt son récit de manière abrupte.

Comme un musicien hésitant prenant soudain conscience des possibilités infinies de l’instrument qu’il manipule, le cinéaste en herbe concède son impuissance.

Une excellente idée ne fait pas un excellent film.
Elle fait toutefois illusion le temps de quelques séquences.
C’est toujours ça de pris.

Les grands cinéastes italiens des années 60 et 70, comme Fellini, Monicelli, Ferreri ou Scola ont tant été vantés pour leurs qualités d’humanisme, pour leurs talents de portraitistes d’une génération, qu’on en a oublié à quel point certains étaient, en plus de cela, de grands techniciens.

Ettore Scola, par exemple, est un cinéaste au sens premier du terme.
Un conteur, bien sûr, mais également un redoutable maître de la caméra.
Sa mise en scène égale souvent celle des plus grands plasticiens du 7ème art.

Une journée particulière s’ouvre sur une scène admirable.
Sophia Loren se lève aux aurores, éveille et prépare sa famille en vue du grand défilé fasciste.
Usant d’un premier plan séquence, puis de cadrages élaborés, de mouvements discrets mais affirmés, Scola définit la femme italienne des années 30.

S’il a débuté scénariste, le cinéaste a compris que les mots sont anodins. La caméra saisit au vol un univers, et fige le temps en dépouillant cet espace clos.
Chaque pièce, chaque recoin est exploré.
La femme est dévoilée, dans son quotidien, dans sa prison domestique.
Il n’aura fallu qu’une bobine et une poignée de mots à Scola pour poser les fondations de son œuvre.

Par la suite, l’oiseau s’envole, quitte sa cage.
Sophia Loren le suit, et rencontre Marcello.
Le comédien est à la hauteur de sa légende. Tour à tout conquérant et vulnérable, séducteur et âme brisée, il dévoile les limites de la politique du Duce à la vulnérable délaissée.

En deux heures, par l’intermédiaire de cette femme, Scola démonte pièce par pièce le mécanisme de fascination du fascisme.
L’aveuglement cède la place à la lumière.
Loren, si fière de son modèle familial, de son clan voué au Duce, prend conscience du mal-être.
Les masses sont parties s’abrutir.
Les êtres isolés contemplent la froide vérité.
Ils sont conscients et impuissants, face aux dérives et au mal naissant.

Il serait dégradant de parler de modernité pour Une journée particulière.
Parce que la qualité, au cinéma, est intemporelle.
Un grand film n’est ni moderne, ni désuet.

Exploité aujourd’hui avec un nouveau procédé chromatique, tirant sur des tons ocres, plus nuancés et plus chauds, renforçant son caractère profondément nostalgique, Une journée particulière est un bloc de pur cinéma.

BRONSON

Le nom de Charles Bronson évoque immanquablement le justicier moustachu de Michael Winner.
En Angleterre, il s’agit également du pseudonyme de Michael Petersen, plus ancien détenu de la verte Albion.
Le cinéaste danois Nicolas Winding Refn, connu pour sa trilogie choc Pusher s’est emparé du personnage pour livrer un biopic atypique.

Bronson, grimé, présente sur scène son destin.
Le récit est classique.
L’enfance, le délit, l’incarcération, la soif de reconnaissance.
Puis l’accomplissement artistique, avant la rechute, dénotant le caractère cyclique de la vie derrière les barreaux pour Peterson.

Le film pourrait être une diatribe contre un système carcéral permettant de garder à l’ombre un homme qui n’a commis aucun crime de sang pendant plus de 30 ans.

Mais Refn ne trouve aucun intérêt au propos politique, ou social.
Son choix, c’est celui de la surreprésentation d’une icône.
Bronson est un objet de fascination, une caricature.
Le danois agité sort les filtres, le grand angle.
Il fait prendre la pose, construit son personnage dans un cadre restreint.
Le film ne respire pas.
Chaque plan prône le choc visuel, musical.
Toute spontanéité est bannie.
Le clown respecte les marques au sol.
Refn esthétise, à défaut de faire du sens.

Trop conscient d’avoir une bombe devant la caméra, grâce à la performance du comédien Tom Hardy, le metteur en scène use son bouffon jusqu’à la moelle.

Bouffon, parce que Bronson n’apparaît jamais un tant soit peu effrayant. Il cogne, il rue, mais ses intonations, sa bonhommie, en font un pitre sympathique et déphasé.
Largement moins violent et nihiliste qu’un Fight Club, Bronson vaut pour l’abatage phénoménal de son interprète.

Certains optimistes n’ont pas manqués d’évoquer Orange Mécanique.
Mais le cinéma de Kubrick se situait à l’exact opposé de ce brûlot démonstratif.
Stanley K. bannissait toute gratuité, tout racolage. Il ne glanait pas la sympathie de l’audience.
Kubrick faisait un cinéma froid, calculé, où le sens primait.
Kubrick avait saisi l’équilibre sensible entre le sensoriel et le théorique.

Nicolas Winding Refn s’engouffre tête baissée et neurones éteints dans un culte du plaisir, dans une débauche stylistique.
Bronson est fun et maniéré jusqu’à la gueule, à défaut d’être bon.

Public Enemies

Public enemies est une confirmation.
Michael Mann est une rock star destinée à parcourir les écrans du monde entier en rejouant ses meilleurs tubes.

En tant que cinéaste, on peut légitimement douter du fait qu’il ait encore quoi que ce soit à offrir.
Mann est parvenu au bout de ses thèmes.
Depuis Le Solitaire, il est le cinéaste de l’obsession. Ses personnages sont des obsédés du boulot, des lone gunmens au professionnalisme compulsif.
Mann est fasciné par la quête de perfection, la droiture morale, le respect des antagonismes.
Ces héros sont des artisans du crime, qui vivent et meurent avec leurs principes, leurs choix.
Ils sont interchangeables, froids, brillants, et masochistes.

Miami Vice était une vaine figure de style.

Public Enemies est une majestueuse redite de Heat.
En mode mineur bien sûr.
Le film s’ouvre sur une scène d’évasion, semblable au braquage initial du film de 1995.
Le membre de l’équipe injustement violent sera puni dans la foulée.
Marion Cottilard se sacrifie en silence pour l’être aimé, à la manière de Val Kilmer.
Les sidekicks sont décimés devant les yeux du héros, lui révélant son destin.
Et la mise à mort du gangster idéalisé est un bloc de vingt minutes, une lente montée en puissance tragédienne.

Formellement, Mann continue à faire évoluer son art.
On pouvait douter du bien fondé de l’utilisation de la haute définition.
Mais cette image brute, ces tons plaqués, donnent une densité particulière au métrage.
Tout est si net. Les pores de la peau, les chromes des voitures semblent palpables, réels, proches.

Et le cinéaste se plait à cadrer ces grands ciels si profonds, pour enchainer avec ces visages en très gros plan.
La forme est un artifice, splendide, permettant au spectateur de ne pas décrocher du récit.
Mais ce n’est qu’un placebo.

Rien ne saurait masquer la vacuité de l’ensemble.
Ce film, on l’a déjà vu, mieux écrit, avec de meilleurs comédiens.

La carrière de Michael Mann marque un sérieux coup d’arrêt depuis Collateral, petit polar nocturne et synthétique, bloc de perfection aride et glacial.

Boy meets girl.
L’histoire sans fin.
Ici, ils se rencontrent de nuit, à New York, dans un chassé croisé loufoque entre les scènes rock indé.

Ces histoires là, il faut savoir les raconter.
Nick and Norah’s infinite playlist ne révolutionne pas exactement la comédie romantique. Pire, il est jalonné de lieux communs du genre.
Mais il s’inscrit dans un nouveau mouvement du cinéma indépendant.

Comme Juno, comme Dan in real life, le film de Peter Sollett est une comédie douce amère, pop, mélancolique.
Peut être Hugh Grant avait il annoncé ces héros là avec sa maladresse séduisante, peut être Sofia Coppola a-t-elle ouvert la voie avec sa superbe évanescence.
Mais la comédie romantique moderne se revendique des artistes pops, évoque des nostalgies comme Belle and Sebastian, amuse et enchante comme Devandra Banhardt.

Et Michael Cera, le fils fluet de Michael Bluth, devient le héromantique idéal.

La modernité dans le genre, ce n’est pas le récit, c’est le ton : heurté, hésitant, nostalgique.

Les personnages sont des losers en stand by.
Il est loin Richard Gere et son sourire carnassier.
Le séducteur moderne, c’est un geek à la mèche molle.

Le cinéma, parfois, n’est qu’une affaire de style.
L’humilité, la simplicité, et une playlist très séduisante, peuvent suffir à créer un petit moment de grâce.
Comme cette scène d’amour, dans un studio d’enregistrement, sur How to say good bye de Paul Tiernan.

Un petit rien, mais c’est déjà beaucoup.

En 1995, lorsque le public découvre Usual Suspects, polar habile et intense, Bryan Singer est d’emblée intronisé petit génie du cinéma.

La mise en scène convainc pourtant peu. La construction, l’écriture impressionnent.
L’explication du succès serait plutôt à chercher du côté du scénariste, Christopher Mc Quarrie. Ce dernier confirme quelques années plus tard avec un thriller mené de main de maître et pourtant largement mésestimé : Way of the gun.

Et Singer alors ?
Il devient l’artisan des studios, s’attachant à la franchise X-Men, ou proposant une redite lamentable du Superman de Donner.

Valkyrie, sorti récemment, est un produit Cruise.
L’acteur nabab y fait encore évoluer son personnage de golden boy incompris, aujourd’hui victimisé.
Et Singer exécute, proprement.

Pourtant, on décèle chez lui l’embryon d’un auteur, le fondement d’une obsession.

Singer mène son œuvre dans la représentation du mal.
Kayser Söze, le nazi d’Apt Pupil, Hitler sont les personnages principaux de ses films.
Non pour leur temps de présence à l’écran, parfois infime, mais pour la manière dont ils captent l’attention, dont ils canalisent l’intérêt des personnages, du spectateur.

La matérialisation d’un mal suprême obsède Singer.
Il jouit de sa représentation, tourne autour de son sujet pour le sublimer, cultiver la fascination.
Söze apparait flouté, vaporeux, il se révèle au ralenti.
Hitler est filmé de dos, la main sur le globe, dans un clair obscur.

Singer mène sa quête d’artisan/auteur. Mais si l’obsession est insidieuse, la représentation est d’une rare lourdeur.
Singer est un pachyderme de la mise en scène.

La poursuite d’un thème ne suffit pas. L’exécution mérite l’attention.
La métaphore d’Hitler et de son globe, reclus dans son nid d‘aigle bavarois avec ses sbires patibulaires, la référence perpétuelle à Wagner font de Valkyrie une farce.
Le projet était intriguant, il est assassiné par son réalisateur.

Singer peut explorer son obsession, sa médiocrité n’aura de cesse de plomber ses velléités auteuristes.

Jusqu’en enfer

Puisquon vous dit que ça gueule ....

Puisqu'on vous dit que ça gueule ....

Simple divertissement, parenthèse dans la saga Spiderman, Drag me to hell constitue pour Sam Raimi une récréation à coût modique.

Et pour le cinéphile, il s’agit de retrouvailles avec le génial cartoonist de l’horreur.

Comme dans Evil Dead, le scénario est réduit à sa plus simple expression.
Une employée de banque subit le sort d’une vieille femme. Parviendra-t-elle à s’en libérer avec d’être entrainée en enfer par le bouc noir ?
Postulat dégraissé, mais efficacité maximale pour le cinéaste trublion.

Raimi n’est pas un théoricien du cinéma. Faire évoluer le 7ème art l’intéresse peu.
Drag me to hell, c’est une cacophonie de l’épouvante. Les diables sautent de leur boite, les portes claquent, les murs tremblent, Alyson Lohmann hurle comme une damnée.
Le vieux briscard de l’horreur, devenu pape du blockbuster moderne, confirme sa définition du genre, dans la surenchère et la passion.
Et au passage, il n’oublie rien de son humour. Son nouveau film ne côtoie jamais les sphères malsaines de l’horreur. Raimi dégoupille la tension avec son sens du burlesque.

Il faut chercher loin pour se souvenir du dernier film qui nous a fait bondir de peur et hurler de rire dans un même plan.
Peut être jusqu’à Evil Dead 3 …..

Le film de Jonathan Levine hésite longuement entre le slasher psychanalytique et le drame adolescent un rien sanglant.

Dans cette histoire d’une adolescente splendide, poursuivie par les ardeurs de tous les mâles en rut du lycée, et défendue par un meilleur ami plus libidineux qu’il n’y parait, il y a une évidente volonté de trancher avec le film d’horreur lambda, destiné à un public à peine pubère.

Mandy Lane est une œuvre ambitieuse, qui sait oublier la musique tonitruante, le rythme soutenu des meurtres, et la surenchère gore.

Le réalisateur préfère filmer son héroïne à contre jour dans la lumière du soir texan, avec une douce évanescence qui voudrait rappeler le cinéma de Sofia Coppola.

Il dégaine en fin de film un twist amenant à une réflexion sur la passion adolescente, le narcissisme, le mal être des bimbos.

Œuvre ambitieuse, et démarche prétentieuse, donc …

Et pourtant, All the boys love Mandy Lane présente un intérêt certain.
Il fait évoluer le genre dont il se défausse, le slasher, en exploitant pleinement un principe officieux.

Ce principe, surligné par Craven (déjà analyste du genre) dans son premier Scream serait : « Sauvegardons la vierge ».

Parce que Mandy, l’oie blanche, est vierge, forcément.
Sa candeur, sa beauté, son innocence, sont soulignés par chaque plan.

Et ceux qui l’entourent, pervers ou envieu(ses), seront décimés tour à tour.

Le film de Levine prend le parti de plonger dans le mythe de la fascination virginale.
Il capte très mal le marasme adolescent, mais filme sur un piédestal sa vierge sacrée.

Le personnage d’Amber Heard est approché de manière ambivalente. Elle apparaît intouchable, saine, mais induit le meurtre et le sang, et légitime un puritanisme de tous les plans.

Ici, comme ailleurs dans le genre, qui couche meurt.
Pire, un personnage qui suce se fera défoncer la mâchoire à coup de canon de fusil.

All the boys love Mandy Lane n’est pas un slasher progressiste. Au contraire, il revient à la dimension primaire du genre, celle qui punit les ados vautrés dans la luxure, celle qui apparente le sexe au sang, et la virginité, justement, à l’absence de sang.

Toute la sophistication de la mise en scène n’aura donc pu éloigner Levine de ses pairs.
C’était bien la peine de sortir toute la batterie de filtres …..

Le cinéma français est vaste.
Il y a l’académisme bon teint, les biopics vieille France.
Il y a les films choraux, avec trentenaires cossus mais en mal d’amour.
Il y a la comédie enfin, qui n’a guère évoluée depuis Molinaro, qui voit se succéder les rois du stand-up, des mecs parfois brillants sur scène, mais qui ne pipent rien au cinéma, et viennent faire du boulevard de bas étage.

Et puis, il y a OSS 117.
OSS, c’est une comédie potache. Donc, à priori, c’est indigne de toute considération critique.

Sauf que cet immense foutage de gueule en a sous le capot.
L’écriture est soignée. Le ton est acerbe. Les auteurs ont une joyeuse propension à vilipender la franchouillardise, à stigmatiser la misogynie, le racisme latent, les raccourcis psychologiques du personnage de Dujardin.
Le second opus force le trait.
Moins d’action cheap (mais assumée) pour plus d’humour souvent trash.
On pense à un De Broca passé à la moulinette ZAZ.

Mais le film n’a pas que son texte pour séduire.
Il a la culture et l’ambition.

Décors et costumes sont soignés. La mise en scène est habile, et référencée.
Michel Hazanavicius fait un clin d’œil à Vertigo, ou opte pour le split-screen, empruntant un style visuel disparu avec les 70’s.
Plus osé, les auteurs mettent dans la bouche d’un nazi le monologue de Shylock dans le Marchand de Venise.

Et l’on se dit que non, on est décidément pas chez Fabien Onteniente.

A l’heure de la représentation internationale du cinéma français, à l’heure où l’on guettera le candidat à la grande fête portant le nom d’un film avec Fufu, il serait judicieux de se rappeler d’OSS, de ce film drôle, et brillant, et d’oublier les biographies béret/baguette/patrimoine destinées à promouvoir l’image d’une France révolue en lieu et place du cinéma hexagonal moderne.

Mais non, je ne vise personne ……

Mes excuses ….

Absent trop longtemps de la toile, je tiens à m’excuser auprès de mes rares lecteurs de mon manque d’assiduité et de rigueur dans la tenue de ce blog.

Mais voilà : i’m back, and i’m dressed in black (euh non … mais je pourrais, mais vous vous en foutriez pas mal, y a pas de vidéo ici …)

N’hésitez pas à intervenir, même pour m’insulter, je répondrais avec plaisir.

Lach T koms …. (phrase introductive d’usage au XXIème siècle pour inviter à une discussion en ligne dans le cadre d’un journal électronique).

Greg LAUERT

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