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Archive for octobre 2009

Paranormal Activity

Attendu comme le gros coup de flippe de cette fin d’année, Paranormal Activity est déjà évoqué dans une même phrase avec Rec de Balaguero et Plaza.
Il ne tardera pas à souffrir de la comparaison.
Parce que le premier film d’Oren Peli tient plus du coup marketing façon Blair Witch Project que du coup de maître minimaliste.

Il y a fort à parier qu’on entendra plus parler de Peli, comme on a totalement oublié le nom des réalisateurs de Blair Witch.
Paranormal Activity est un concept intriguant, à savoir le film de Poltergeist, d’esprit frappeur, débarrassé de l’embarrassante artillerie des SFX.
La peur est hors champ, dans un coup frappé au sol, dans un cadre brisé sur un mur.

Jusque là, le genre ne tentait pas le pari de l’épure.

Et si Peli opte pour tant de sobriété, c’est probablement du fait d’un manque salutaire de moyens.
Sur ce parti pris, le film fonctionne parfaitement pendant une bonne heure.
Et puis la démarche atteint ses limites.
Le cinéaste volontaire mais inexpérimenté se retrouve dans une impasse.
Il a eu une idée brillante, mais pas de scénario, pas de structure, pas de ressort.

Le résultat est forcément frustrant.
Le film s’arrête lorsqu’il devrait commencer.
Le crescendo très lent a étiré l’exposition.
Quand la tension est à son comble, qu’il faudrait porter le film à un autre degré de terreur, matérialiser la peur, Oren Peli clôt son récit de manière abrupte.

Comme un musicien hésitant prenant soudain conscience des possibilités infinies de l’instrument qu’il manipule, le cinéaste en herbe concède son impuissance.

Une excellente idée ne fait pas un excellent film.
Elle fait toutefois illusion le temps de quelques séquences.
C’est toujours ça de pris.

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Les grands cinéastes italiens des années 60 et 70, comme Fellini, Monicelli, Ferreri ou Scola ont tant été vantés pour leurs qualités d’humanisme, pour leurs talents de portraitistes d’une génération, qu’on en a oublié à quel point certains étaient, en plus de cela, de grands techniciens.

Ettore Scola, par exemple, est un cinéaste au sens premier du terme.
Un conteur, bien sûr, mais également un redoutable maître de la caméra.
Sa mise en scène égale souvent celle des plus grands plasticiens du 7ème art.

Une journée particulière s’ouvre sur une scène admirable.
Sophia Loren se lève aux aurores, éveille et prépare sa famille en vue du grand défilé fasciste.
Usant d’un premier plan séquence, puis de cadrages élaborés, de mouvements discrets mais affirmés, Scola définit la femme italienne des années 30.

S’il a débuté scénariste, le cinéaste a compris que les mots sont anodins. La caméra saisit au vol un univers, et fige le temps en dépouillant cet espace clos.
Chaque pièce, chaque recoin est exploré.
La femme est dévoilée, dans son quotidien, dans sa prison domestique.
Il n’aura fallu qu’une bobine et une poignée de mots à Scola pour poser les fondations de son œuvre.

Par la suite, l’oiseau s’envole, quitte sa cage.
Sophia Loren le suit, et rencontre Marcello.
Le comédien est à la hauteur de sa légende. Tour à tout conquérant et vulnérable, séducteur et âme brisée, il dévoile les limites de la politique du Duce à la vulnérable délaissée.

En deux heures, par l’intermédiaire de cette femme, Scola démonte pièce par pièce le mécanisme de fascination du fascisme.
L’aveuglement cède la place à la lumière.
Loren, si fière de son modèle familial, de son clan voué au Duce, prend conscience du mal-être.
Les masses sont parties s’abrutir.
Les êtres isolés contemplent la froide vérité.
Ils sont conscients et impuissants, face aux dérives et au mal naissant.

Il serait dégradant de parler de modernité pour Une journée particulière.
Parce que la qualité, au cinéma, est intemporelle.
Un grand film n’est ni moderne, ni désuet.

Exploité aujourd’hui avec un nouveau procédé chromatique, tirant sur des tons ocres, plus nuancés et plus chauds, renforçant son caractère profondément nostalgique, Une journée particulière est un bloc de pur cinéma.

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