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Archive for janvier 2010

TOP TEN 2009

1. L’étrange histoire de Benjamin Button – David FINCHER

Fincher, génial plasticien du 7ème art, trace son sillon dans le mélodrame classique. Et si c’était ça le vrai film révolutionnaire de 2009 ?

2. La route – John HILLCOAT

Hillcoat, cinéaste rare, adapte Mc Carthy, et signe un film traumatisant. Le châtiment divin, et la quête d’une terre promise sont au cœur d’une œuvre sans foi, qui suinte la peur et le désespoir.

3. Un prophète – Jacques AUDIARD

Avec son Rastignac emprisonné, Audiard toise le cinéma français, comme à chacune de ses sorties.
Il a digéré le film de genre, le cinéma social et les hallucinations de Tony Soprano, pour offrir une œuvre maitresse.
Un grand film français ?
Non, un grand film tout court.

4. Gran Torino – Clint EASTWOOD

Clint clôt là un requiem entamé en 1992 avec Impitoyable. Il joue une dernière fois de l’image de l’homme sans nom. Héros réac ou cinéaste humaniste ? Le débat reste ouvert.
« Ever notice how you come across somebody once in a while you shouldn’t have fucked with? That’s me »

5. The Box – Richard KELLY

Du fantastique old school, une musique qui évoque irrémédiablement The Twilight Zone, et la caution Richard Matheson….
Le film de Kelly constitue l’excellente surprise de cette année 2009.

6. REC 2 – Jaume BALAGUERO / Paco PLAZA

Après un premier opus en forme de shocker habile, le duo espagnol concrétise avec un scénario à tiroir qui jette un nouveau regard sur le concept REC, et sur sa mythologie insoupçonnée.

7. Max et les maximonstres – Spike JONZE

Jonze donne vie à un classique de la littérature enfantine, et nous offre le grand morceau de poésie pop de cette année 2009.

8. Les regrets – Cedric KAHN

L’enfer d’Yvan Attal, rythmé par la musique de Philippe Glass et le Sinnerman de Nina Simone.
Implacable.

9. Là haut – Pete DOCTER / Bob PETERSON

Après un rat en cuisine et une œuvre quasi muette avec un robot qui trie des déchets, PIXAR ose le premier film pour enfants sur le deuil.
Drôle et touchant en plus d‘être un vrai film d’aventure, Là haut est une nouvelle définition du feel good movie.

10. Inglorious Basterds – QUENTIN TARANTINO

On se fout un peu de son histoire de vengeance mais QT conserve une capacité unique à mettre en scène des séquences d’anthologie.

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L’intérêt d’une telle histoire semblait évident pour un grand plasticien comme David Fincher.
Comment appréhender l’évolution de son héros, enfant vieillard puis adolescent désabusé, être momifié puis juvénile ?
Pendant une bonne moitié du métrage, Fincher s’amuse à évoluer sans un soupçon d’âme dans le livre d’images écrit par Eric Roth.
Le réalisateur de Seven, The Game, ou encore Zodiac, colle à son image de cinéaste froid et clinique.
La mise en scène est à la fois brillante et distanciée.

Il y a quelques décennies de cela, on usait des mêmes qualificatifs pour désigner un certain Stanley K.
Celui-ci proposait son film en costume, figé et pictural, lent et calculé, avec un personnage principal aussi peu attachant que possible.
Mais le calcul s’avérait génial.
Peu à peu, on entrait dans la spirale diabolique de Barry Lyndon, dans un drame bouleversant et implacable.
Rien à voir, donc, avec l’humanisme primaire d’un Ford ou d’un Eastwood.
A la question de savoir si la caméra ment ou dit la vérité 24 fois par seconde, Fincher, comme Kubrick, vous répondrait par le premier choix.

Benjamin Button, comme Barry Lyndon en 1975, réinvente le mélo sophistiqué et calculé.
Quand le film parvient à son climax, quand le nœud se délite, à la croisée des âges, l’étau se referme.
On parvient à cette équation perverse.
Il rajeunit inlassablement, elle vieillira irrémédiablement.
Le récit d’une impossibilité, d’un temps qui fuit, dans un sens ou dans l’autre.

Fincher signe une dernière heure dévastatrice, où la musique d‘Alexandre Desplat se fait plus précise, plus présente, où tous les gadgets visuels prennent un sens.
Le récit était hasardeux, il devient sublime.
Dans une scène résumant admirablement la problématique du récit, Cate Blanchett, victime des premiers affres de l’âge, se rhabille sous le regard de son amant juvénile.

Il n’y a pas meilleur conteur qu’un grand menteur.
Fincher est un prestidigitateur orgueilleux, peu soucieux de son audience, mais conscient de ses atouts et de sa maestria.
Il mène une quête au-delà des genres et des clivages cinématographiques.

L’étrange histoire de Benjamin Button sera au mélodrame ce que Seven a été au thriller : une gifle dont le cinéma portera la trace pendant plus d’une décennie.

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L’ouvrage de Maurice Sendak, publié en 1963, conserve malgré les années un indéniable pouvoir hypnotique.
Ces monstres, comme une matérialisation des excès de Max l’enfant terrible, apparaissent aujourd’hui encore incroyablement fascinants.

Spike Jonze a prouvé par le passé qu’il était capable de donner vie à l’imaginaire des autres, avec une malice et une aisance presque enfantine.
Il était logiquement désigné pour porter à l’écran ces peluches terrifiantes, cet antagonisme que seul un grand gosse pourra appréhender.

Et bien plus qu’un film pour les enfants, il réalise un film sur l’enfance, et sur la solitude, sur l’appréhension douloureuse de l’autre, du miroir qu’il vous tend.

Max est un gosse de 9 ans, un peu emmerdant, carrément exigent, qui s’esquive sur un île peuplée de monstres terribles. Aussi terribles que lui.

Le titre original, Where the wild things are, est significatif.

Il devient leur roi, il se montre aussi dur et cruel que les créatures sauvages.
Sauf que sous le vernis de la terreur, il y a cette solitude.

Jonze ne sombre pas dans le pathos. Il émeut avec ses arguments : en alignant les images splendides, en greffant là une bande-son fascinante.

Les ajouts au matériau original sont ainsi tout à fait cohérents.
Les grosses peluches ont une vie propre. Leurs traits s’animent avec détail et pourtant, ils conservent leur touchante bonhommie.
En leur compagnie, Max appréhende sa colère. Elles lui renvoient sa rancœur.
A la différence des adultes, les monstres, ca ne théorise pas. Ca vous bouffe tout cru.

Alors Max rentre chez lui.
Terrible toujours.

Livre comme film touchent à l’essence même de l’enfance.
Catherine Keener est l’unique adulte présent à l’écran.
Elle est bienveillante, mais accessoire. Si Max se construit dans le conflit et la douleur, il se construit surtout avec ses alter egos, avec ses projections monstrueuses.

Where the wild things are atteint sans mal cette dimension d’œuvre brutalement psychologique, s’adressant aux enfants, peut être; à ceux qui voudraient les comprendre, sûrement.

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