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Archive for the ‘Humeurs et cinéma’ Category

L’ouvrage de Maurice Sendak, publié en 1963, conserve malgré les années un indéniable pouvoir hypnotique.
Ces monstres, comme une matérialisation des excès de Max l’enfant terrible, apparaissent aujourd’hui encore incroyablement fascinants.

Spike Jonze a prouvé par le passé qu’il était capable de donner vie à l’imaginaire des autres, avec une malice et une aisance presque enfantine.
Il était logiquement désigné pour porter à l’écran ces peluches terrifiantes, cet antagonisme que seul un grand gosse pourra appréhender.

Et bien plus qu’un film pour les enfants, il réalise un film sur l’enfance, et sur la solitude, sur l’appréhension douloureuse de l’autre, du miroir qu’il vous tend.

Max est un gosse de 9 ans, un peu emmerdant, carrément exigent, qui s’esquive sur un île peuplée de monstres terribles. Aussi terribles que lui.

Le titre original, Where the wild things are, est significatif.

Il devient leur roi, il se montre aussi dur et cruel que les créatures sauvages.
Sauf que sous le vernis de la terreur, il y a cette solitude.

Jonze ne sombre pas dans le pathos. Il émeut avec ses arguments : en alignant les images splendides, en greffant là une bande-son fascinante.

Les ajouts au matériau original sont ainsi tout à fait cohérents.
Les grosses peluches ont une vie propre. Leurs traits s’animent avec détail et pourtant, ils conservent leur touchante bonhommie.
En leur compagnie, Max appréhende sa colère. Elles lui renvoient sa rancœur.
A la différence des adultes, les monstres, ca ne théorise pas. Ca vous bouffe tout cru.

Alors Max rentre chez lui.
Terrible toujours.

Livre comme film touchent à l’essence même de l’enfance.
Catherine Keener est l’unique adulte présent à l’écran.
Elle est bienveillante, mais accessoire. Si Max se construit dans le conflit et la douleur, il se construit surtout avec ses alter egos, avec ses projections monstrueuses.

Where the wild things are atteint sans mal cette dimension d’œuvre brutalement psychologique, s’adressant aux enfants, peut être; à ceux qui voudraient les comprendre, sûrement.

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Paranormal Activity

Attendu comme le gros coup de flippe de cette fin d’année, Paranormal Activity est déjà évoqué dans une même phrase avec Rec de Balaguero et Plaza.
Il ne tardera pas à souffrir de la comparaison.
Parce que le premier film d’Oren Peli tient plus du coup marketing façon Blair Witch Project que du coup de maître minimaliste.

Il y a fort à parier qu’on entendra plus parler de Peli, comme on a totalement oublié le nom des réalisateurs de Blair Witch.
Paranormal Activity est un concept intriguant, à savoir le film de Poltergeist, d’esprit frappeur, débarrassé de l’embarrassante artillerie des SFX.
La peur est hors champ, dans un coup frappé au sol, dans un cadre brisé sur un mur.

Jusque là, le genre ne tentait pas le pari de l’épure.

Et si Peli opte pour tant de sobriété, c’est probablement du fait d’un manque salutaire de moyens.
Sur ce parti pris, le film fonctionne parfaitement pendant une bonne heure.
Et puis la démarche atteint ses limites.
Le cinéaste volontaire mais inexpérimenté se retrouve dans une impasse.
Il a eu une idée brillante, mais pas de scénario, pas de structure, pas de ressort.

Le résultat est forcément frustrant.
Le film s’arrête lorsqu’il devrait commencer.
Le crescendo très lent a étiré l’exposition.
Quand la tension est à son comble, qu’il faudrait porter le film à un autre degré de terreur, matérialiser la peur, Oren Peli clôt son récit de manière abrupte.

Comme un musicien hésitant prenant soudain conscience des possibilités infinies de l’instrument qu’il manipule, le cinéaste en herbe concède son impuissance.

Une excellente idée ne fait pas un excellent film.
Elle fait toutefois illusion le temps de quelques séquences.
C’est toujours ça de pris.

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Puisquon vous dit que ça gueule ....

Puisqu'on vous dit que ça gueule ....

Simple divertissement, parenthèse dans la saga Spiderman, Drag me to hell constitue pour Sam Raimi une récréation à coût modique.

Et pour le cinéphile, il s’agit de retrouvailles avec le génial cartoonist de l’horreur.

Comme dans Evil Dead, le scénario est réduit à sa plus simple expression.
Une employée de banque subit le sort d’une vieille femme. Parviendra-t-elle à s’en libérer avec d’être entrainée en enfer par le bouc noir ?
Postulat dégraissé, mais efficacité maximale pour le cinéaste trublion.

Raimi n’est pas un théoricien du cinéma. Faire évoluer le 7ème art l’intéresse peu.
Drag me to hell, c’est une cacophonie de l’épouvante. Les diables sautent de leur boite, les portes claquent, les murs tremblent, Alyson Lohmann hurle comme une damnée.
Le vieux briscard de l’horreur, devenu pape du blockbuster moderne, confirme sa définition du genre, dans la surenchère et la passion.
Et au passage, il n’oublie rien de son humour. Son nouveau film ne côtoie jamais les sphères malsaines de l’horreur. Raimi dégoupille la tension avec son sens du burlesque.

Il faut chercher loin pour se souvenir du dernier film qui nous a fait bondir de peur et hurler de rire dans un même plan.
Peut être jusqu’à Evil Dead 3 …..

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Le film de Jonathan Levine hésite longuement entre le slasher psychanalytique et le drame adolescent un rien sanglant.

Dans cette histoire d’une adolescente splendide, poursuivie par les ardeurs de tous les mâles en rut du lycée, et défendue par un meilleur ami plus libidineux qu’il n’y parait, il y a une évidente volonté de trancher avec le film d’horreur lambda, destiné à un public à peine pubère.

Mandy Lane est une œuvre ambitieuse, qui sait oublier la musique tonitruante, le rythme soutenu des meurtres, et la surenchère gore.

Le réalisateur préfère filmer son héroïne à contre jour dans la lumière du soir texan, avec une douce évanescence qui voudrait rappeler le cinéma de Sofia Coppola.

Il dégaine en fin de film un twist amenant à une réflexion sur la passion adolescente, le narcissisme, le mal être des bimbos.

Œuvre ambitieuse, et démarche prétentieuse, donc …

Et pourtant, All the boys love Mandy Lane présente un intérêt certain.
Il fait évoluer le genre dont il se défausse, le slasher, en exploitant pleinement un principe officieux.

Ce principe, surligné par Craven (déjà analyste du genre) dans son premier Scream serait : « Sauvegardons la vierge ».

Parce que Mandy, l’oie blanche, est vierge, forcément.
Sa candeur, sa beauté, son innocence, sont soulignés par chaque plan.

Et ceux qui l’entourent, pervers ou envieu(ses), seront décimés tour à tour.

Le film de Levine prend le parti de plonger dans le mythe de la fascination virginale.
Il capte très mal le marasme adolescent, mais filme sur un piédestal sa vierge sacrée.

Le personnage d’Amber Heard est approché de manière ambivalente. Elle apparaît intouchable, saine, mais induit le meurtre et le sang, et légitime un puritanisme de tous les plans.

Ici, comme ailleurs dans le genre, qui couche meurt.
Pire, un personnage qui suce se fera défoncer la mâchoire à coup de canon de fusil.

All the boys love Mandy Lane n’est pas un slasher progressiste. Au contraire, il revient à la dimension primaire du genre, celle qui punit les ados vautrés dans la luxure, celle qui apparente le sexe au sang, et la virginité, justement, à l’absence de sang.

Toute la sophistication de la mise en scène n’aura donc pu éloigner Levine de ses pairs.
C’était bien la peine de sortir toute la batterie de filtres …..

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Le cinéma français est vaste.
Il y a l’académisme bon teint, les biopics vieille France.
Il y a les films choraux, avec trentenaires cossus mais en mal d’amour.
Il y a la comédie enfin, qui n’a guère évoluée depuis Molinaro, qui voit se succéder les rois du stand-up, des mecs parfois brillants sur scène, mais qui ne pipent rien au cinéma, et viennent faire du boulevard de bas étage.

Et puis, il y a OSS 117.
OSS, c’est une comédie potache. Donc, à priori, c’est indigne de toute considération critique.

Sauf que cet immense foutage de gueule en a sous le capot.
L’écriture est soignée. Le ton est acerbe. Les auteurs ont une joyeuse propension à vilipender la franchouillardise, à stigmatiser la misogynie, le racisme latent, les raccourcis psychologiques du personnage de Dujardin.
Le second opus force le trait.
Moins d’action cheap (mais assumée) pour plus d’humour souvent trash.
On pense à un De Broca passé à la moulinette ZAZ.

Mais le film n’a pas que son texte pour séduire.
Il a la culture et l’ambition.

Décors et costumes sont soignés. La mise en scène est habile, et référencée.
Michel Hazanavicius fait un clin d’œil à Vertigo, ou opte pour le split-screen, empruntant un style visuel disparu avec les 70’s.
Plus osé, les auteurs mettent dans la bouche d’un nazi le monologue de Shylock dans le Marchand de Venise.

Et l’on se dit que non, on est décidément pas chez Fabien Onteniente.

A l’heure de la représentation internationale du cinéma français, à l’heure où l’on guettera le candidat à la grande fête portant le nom d’un film avec Fufu, il serait judicieux de se rappeler d’OSS, de ce film drôle, et brillant, et d’oublier les biographies béret/baguette/patrimoine destinées à promouvoir l’image d’une France révolue en lieu et place du cinéma hexagonal moderne.

Mais non, je ne vise personne ……

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Pour ne pas éveiller les soupçons sur le mobile d’un crime, deux assassins échangent leur cible.

Ainsi, sans mobile apparent, ils ne pourront être confondus.

Ce postulat simple, mais génial, est le pitch d’une œuvre méconnue, mais essentielle, d’Alfred Hitchcock.

Adapté d’un roman de Patricia Highsmith par Raymond Chandler, L’inconnu du Nord Express mérite d’être réévalué.

Dans ses entretiens avec Truffaut, Hitchcock dénigre quelque peu le film. Mais il dénigre finalement la majeure partie de son œuvre, bien souvent par pure coquetterie.

Hitchcock en est conscient quand il le tourne : ce film est à sa main. C’est un suspense sur mesure, parsemé de morceaux de bravoure, notamment ce final et ce manège qui s’écrase.

Mais au-delà de la simple mécanique de l’angoisse, dont il est si familier, le cinéaste anglais dévoile là sans pudeur certaines des obsessions qui traverseront son œuvre.

Dans certains travers, ce Strangers on a train révèle bien plus de l’auteur que certains films prétendument majeurs.

En premier lieu, Hitch cède ici à une misogynie qu’il camoufle trop souvent.

Dans une scène centrale, Robert Walker suit sa victime au fil de ses pérégrinations dans une fête foraine. Celle-ci est accompagnée de deux hommes, qu’elle séduit alors même qu’elle garde le regard rivé sur son futur bourreau.

Cette femme, qui refuse à Guy Haines le divorce pour profiter de sa fortune, est présentée sous un jour démoniaque.

Vénale, trompeuse, séductrice sans être séduisante, elle concentre sur elle la haine de l’audience. Au fil d’une séquence brillante, Hitchcock suggère le triolisme, la boulimie sexuelle du personnage.

Lorsqu’elle est assassinée par Bruno, le sociopathe, le public ressent une sorte de soulagement, le goût de la justice, la douce saveur du mal.

Ainsi, Bruno n’est il pas diabolisé. Pendant l’ensemble du métrage, ce bad guy savoureux est plus bouffon que diable. Il est ouvertement présenté comme un illuminé, ayant un rapport malsain et complice avec sa mère (fondements de Norman Bates ?).

A l’inverse, Farley Granger, le personnage positif, ce tennisman victime du plan de Bruno, est immédiatement ambivalent.

Il symbolise la fascination pour le mal, ce rapport voyeur et passif au crime si cher à Hitchcock.

Lorsque sa femme lui avoue ne pas vouloir divorcer, il serre les poings, jure qu’il souhaiterait lui briser le cou.

Mais il est l’entité positive. Aussi, sa haine ne s’incarnera pas dans le crime.

Quand son double maléfique tuera pour lui, il n’avouera jamais son soulagement, mais il mènera une quête hypocrite pour se dédouaner de ses intentions néfastes.

Haines est à la jonction d’un grand nombre de personnages d’Hitchcock, fascinés par le crime, la mort, et les assassins. Il jouit de la matérialisation du crime, mais en chevalier blanc, lutte contre son auteur.

Ce rapport traverse l’œuvre du maître du suspense, thème récurrent au même titre que celui du faux coupable en fuite.

Cette adaptation de Patricia Highsmith démontre qu’Hitchcock aurait pu faire sienne une maxime tirée du Cercle rouge, de Jean Pierre Melville : « Tous coupables …. ».

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Slumdog Millionaire

Danny Boyle a démontré qu’il savait évoluer dans des genres différents. Sa récente incursion dans la science fiction est d’ailleurs un bel exemple d’intégrité, d’intensité et d’ambition au sein d’une œuvre de studio.

Ce Slumdog Millionaire ne pouvait qu’être une réussite. Un sujet aussi hasardeux augurait d’une grande confiance du réalisateur en sa démarche.

Et pourtant, après deux heures passées en compagnie de Dev Patel, des bidonvilles aux studios de Who wants to be a millionaire ?, seule subsiste une certaine perplexité.

Toute l’énergie de la mise en scène de Boyle, comme souvent outrancière pour, parfois, emporter l’adhésion, est ici vaine à sublimer une histoire d’une confondante naïveté.

Le film est sous écrit. L’intrigue suit son cours avec une déconcertante fainéantise.

Les aficionados pourront arguer du fait qu’à Bollywood, le scénario est souvent réduit à sa plus simple expression. Mais Boyle ne se plie pas à l’imagerie locale. Il ne réalise pas un film Bollywood.

Il met en scène à l’occidentale, mais use de l’exotisme local pour glaner la sympathie du spectateur.

Transposons le même récit en France, avec un gamin de Belleville, et Jean Pierre Foucault en guest, et le public criera à l’escroquerie.

Il serait présomptueux de parler de clichés en toute méconnaissance de l’Inde, mais il y a quelque chose de gênant dans cet Oliver Twist in Bombay, dans cette complaisance à décrire l’exploitation de la mendicité, la pauvreté absolue, pour conclure par l’amour triomphant.

Boyle est sans doute sincère. Mais il semble lui-même perdu dans son récit et dans ses belles intentions.

Même la chorégraphie qui clôt le film est incroyablement pauvre, mal foutue.

Le cinéaste anglais ne sait pas bien où il met les pieds, alors il se les essuie un peu partout.

Film social, mélo, film d’amour, ce Slumdog Millionaire voudrait invoquer Dickens, Devdas, et David Lean, et offrir ce mélange indigeste à la génération Ipod.

Qui n’en demandait peut être pas tant …..

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